Arboretum de Grignon

[English version: Introduction to the Grignon arboretum]

Vue de l'arboretum

Vue de l’arboretum

« Les arboretums, contrepoids bien faible à la fureur destructrice de l’humanité, outre leur harmonie et leur beauté, sont des lieux de connaissances et de conservation des espèces végétales.

Outil scientifique et pédagogique, ils représentent un enjeu important dans la protection de notre patrimoine végétal. Des générations successives de passionnés d’arbres nous ont transmis cet héritage, comme un bien précieux. »

Laure Bringer

L’arboretum de Grignon réside dans deux zones distinctes au cœur du campus d’AgroParisTech dans le parc de Grignon. Sa partie historique datant de 1873, située dans le triangle botanique du campus, est actuellement étendue et renouvelée dans la zone du jardin anglais. Cet arboretum avec ses 200 espèces botaniques constitue un élément notable des collections d’arbre en Ile-de-France. Il n’est pas accessible par le public mais l’association de l’Arbre de fer organise régulièrement des visites. Si vous êtes intéressés, contactez nous.

(Situation de l'arboretum dans le parc)

Situation de l’arboretum dans le parc

On trouvera dans cette plaquette (PDF) une présentation rapide de l’arboretum avec une sélection de ses arbres les plus remarquables.

Présentation de l’arboretum historique

L’arboretum de Grignon a été créé par Pierre Mouillefert (1846-1903, notice nécrologique), enseignant de sylviculture à l’Ecole nationale d’agriculture de Grignon de 1875 à 1903. Ce « jardin dendrologique » a été constitué vers 1873 à partir de semis effectués dès 1871 dans une zone d’une superficie d’environ un hectare correspondant au terrain actuel de l’arboretum dans le triangle botanique à l’est du château.

(Pierre MOUILLEFERT)

Pierre MOUILLEFERT

P. Mouillefert a écrit quelques lignes de présentation dans la préface de son ouvrage Arboretum de l’école nationale de Grignon, catalogue des arbres qui y sont cultivés (Paris, 1889, disponible en PDF) :

«De tout temps, parmi les botanistes, il s’est trouvé des amateurs de collection d’arbres et les arboretum célèbres sont nombreux. En France, c’est à Duhamel du Monceau que revient le premier l’honneur d’avoir réuni dans un but scientifique, sur ces propriétés de Vigny et du Monceau, les premières collections dendrologiques, d’après lesquelles il publia, en 1755, son fameux « Traité des arbres et arbrisseaux qui se cultivent en France ».

(Arbre aux pagodes dans l'abroretum de Grignon en 1891)

Arbre aux pagodes dans l’arboretum de Grignon en 1891

Plus tard, les pépinières et le parc de Trianon, où Bernard de Jussieu établit la classification naturelle, devinrent aussi une très importante collection dendrologique ; elle est encore aujourd’hui, malgré divers changements et le grand hiver de 1879, fort intéressante.

Vers 1810, de Vilmorin fit aussi d’imporantes plantations d’arbres exotiques sur son domaine des Barres, que l’on peut encore admirer aujourd’hui. […] A l’étranger, il existe également de nombreuses et belles collections dendrologiques ; citons notamment celle de Kew, près de Londres, bien connues.

La culture et la connaissance des arbres intéressent en effet, à des titres divers, beaucoup de monde, particulièrement le cultivateur, l’amateur de jardins, l’architecte paysagiste, le grand propriétaire, le forestier, l’ingénieur, le botaniste, le pépiniériste et même les municipalités.

L’arboretum de l’école nationale de Grignon, que j’ai commencé en 1873, a été surtout créé dans le but d’offrir aux jeunes gens de ce grand établissement scientifique les moyens d’étude en vue de la connaissance des principaux arbres indigènes et exotiques, et présentant un certain intérêt cultural ou scientifique. Cet arboretum comprend aujourd’hui plus 2.000 espèces ou variétés de pleine terre sous le climat de Paris, et leur nombre s’augmente chaque année ; elles sont classées par familles et genres disposés en séries linéaires, méthode très commune pour l’étude. »

Voici aussi ce qu’en écrit Paul Robert Hickel (enseignant de sylviculture de 1904 à 1923) dans l’article « Excursion à Grignon le 19 juin 1910 », Bulletin de la société dendrologique de France, n°17, 1910, p. 135-136 :

« L’excursion annoncée pour cette date a pu avoir lieu malgré l’accident survenu la veille à la gare voisine de Villepreux, mais cette fâcheuse coïncidence avait considérablement réduit le nombre des participants à l’excursion. Y ont pris part cependant : MM. Bethmont,. Bizon, Dollfus, Guinier, Hickel, Lecherf, Meunissier, Pardé, Socié, de Touzalin, Mce de Vilmorin. MMmes Bizon et Dollfus avaient bien voulu se joindre à notre caravane.  Le peu de temps que nous laissait le retard des trains résultant de l’accident de Villepreux n’a permis à la plupart des excursionnistes que la visite du Jardin dendrologique. Ce jardin, créé par M. Mouillefert, est contigu au jardin botanique proprement dit qui comprend à la fois les espèces ligneuses, vivaces et herbacées, disposées en ordre synoptique. Comme ce dernier, le jardin dendrologique est disposé en bandes parallèles, de sorte que les arbres se nuisent mutuellement, et que l’étude en est fort incommode. Si cette disposition est justifiéee lorsqu’on ne dispose que d’une place restreinte, elle est parfaitement absurde lorsque, comme c’est le cas à Grignon, il est possible de consacrer à un arboretum de vastes surfaces.

(Cotoneaster dans l'arboretum en 1889)

Cotoneaster dans l’arboretum en 1889

Nous ne pouvons donner ici l’énumération de toutes les espèces très nombreuses, que renferme le jardin dendrologique (ces espèces son d’ailleurs en  nombre infiniment moins grand que celles qui sont mentionnées dans le catalogue publié par M. Mouillefert) ; nous nous bornerons à citer les plus marquantes.  Parmi les espèces intéressantes du genre Pinus se trouvent le P. Montezumae qui se montre parfaitement rustique, le P. Parryana qui a produit des cônes en 1909, le P. Koraiensis, de très beaux spécimens de P. Bungeanae, P.  Pinea qui s’est ressemé en 1910. – La collection des Cedrus, des Picea et des Abies est importante : l’A. Pindrow y est compris. Les Juniperus sont nombreux, avec un beau J. thurifera, et J. drupacea, fructifère. Signalons encore, pour en finir avec les Conifères, Torreya grandis, monoïque, qui a fructifié en 1909. Les Ulmus sont bien représentés, à côté de Zelkowa crenata et de Celtis variés. Les Juglandées comprennent un bon nombre d’espèces, notamment Carya sulcata, alba, olivaeformis. Les chênes comprennent de nombreuses variétés, mais peu d’espèces intéressantes : citons cependant un très beau Quercus macranthera, un curieux Q. Ilex à très petites feuilles et un Q. incana, qui se rabat malheureusement tous les ans. A côté se trouvent les Carpinus Betulus, orientalis, japonica, caroliniana, l’Ostrya carpinifolia, divers Coryius, dont un fort sujet de C. Colurna. La collection du Elaeagnus est assez nombreuse. Celle des Fraxinus coemprend plusieurs espèces assez rares, telles que Fr. turkestanica – Celle du Populus renferme notamment les P. Simonii et Treyviana. Les Diospyros, D. Lotus et D. wirginiana envoient leurs drageons à de grandes distances. Les Acer sont nombreux ; citons A. saccharinum, A. insigne, A. Lobelii, etc. Les Lonerica sont représentés par un très grand nombre d’espèces.  Parmi les Rhamnées, citons Rhamnus californica, Purshiana, imeretina, Paliurus aculeatus, etc.  La famille des Papilionacées est représentée par une série très complète. Les visiteurs ont pu admirer le Cyisus Adami qui a donné cette année pour la première fois des rameaux du type purpureus pur.  Citons encore quelques espèces peu communes : Rhus cotinoides, Evonymus Maakii, E. alatus, E. Bungeanus, Pistacia vera et P. Terebintus qui se montrent très rustiques, un beau Cedrela sinensis, Coriaria japonica, Kadsura japonica, etc., sans parler de la longue série des Pomacées, des Amygdalées, des Berberis, etc. »

L’absence de documentation ne permet pas de connaître l’évolution de l’arboretum jusqu’en 1975-1976 quand un inventaire [PDF] est réalisé par Jean Pourtet du ministère de l’Agriculture avec la collaboration de Michel Massenot (maître de conférences à la chaire de botanique et de pathologie végétale de l’Ina P-G) et de Georges Callen (chargé au Muséum national d’histoire naturelle de l’arboretum de Chèvreloup). A cette occasion, un étiquetage des quelque 200 arbres est réalisé et quelques plantations sont effectuées entre 1976 et 1978. Un inventaire des arbres et arbustes est établi en 1979.

Le dernier jardinier dédié, Yves Tily, a entretenu l’arboretum de 1957 jusqu’à son départ à la retraite en 1985. Un nouvel inventaire est effectué bénévolement en 1991 par Augustin Scalbert, chercheur à l’Inra. Ce travail considérable s’accompagna d’un plan précis de situation des arbres dans l’arboretum et le jardin botanique, ainsi que d’une première informatisation de l’inventaire [PDF].

Le CFPPAH (centre de formation professionnelle et de promotion agricole et horticole) du lycée horticole de Saint Germain en Laye a organisé de 1991 à 2008 des formations en élagage sur le site de Grignon. Non seulement les formateurs Fabrice Salvatoni et Christian Ambiehl, avec leurs stagiaires, ont assuré de fait l’entretien minimal de l’arboretum et du parc, mais ils ont aussi fait connaître ce patrimoine botanique au travers de leur publication (La feuille de l’élagueur) et par le biais de l’organisation de manifestations sur le site (fêtes de l’arbre). Voici l’extrait d’un de leurs textes de présentation de l’arboretum :

« L’arboretum est à une altitude d’environ 130 mètres. Son sol est composé de limons d’épaisseur variable, reposant sur un substratum calcaire crétacé du Maestrichien et cela à faible profondeur. Créé en 1873, sur une surface d’environ 0,8 hectare, l’arboretum de Grignon complète, par l’ensemble de ses végétaux la collection de Chèvreloup (fortement détruite également après la tempête). La collection comptait environ 230 sujets dont 66 % de feuillus et 34 % de conifères. Les essences de ce savant mélange feuillus-résineux sont classées par familles. Aussi, à l’ouest de la parcelle nous trouverons les angiospermes et à l’est les gymnospermes. Les premières plantations de la fin du dix neuvième siècle furent réalisées en alignement dans un axe Nord-Sud. Les années passant, l’ensemble de ces alignements sont moins évidents à observer, cependant on retrouve aisément l’ensemble des Tilia (tilleuls), des Quercus et Fagus (chênes et hêtres) pour les arbres feuillus et les Taxus et Cephalotaxus (ifs et cephalotaxus) pour les gymnospermes. Si cette disposition semble idéale en ce qui concerne l’enseignement de la reconnaissance des arbres, elle n’est guère esthétique et Monsieur Hickel la qualifiait absurde en 1910. Les plantations plus récentes effectuées entre 1976 et 1978 n’ont nullement tenu compte de ces alignements. »

(Arboretum après la tempête de 1999)

Arboretum après la tempête de 1999

La tempête Lothar dévastatrice de décembre 1999 a frappé de plein fouet l’arboretum par ses vents de plus de 100 km/h. Près de 17 % des 230 arbres ont été touchés : 10 % en chablis (soit 23 individus) et 7 % abîmés (16 individus). On déplore notamment la perte des spécimens suivants :

  • Arbre de fer (Parrotia persica),
  • Oranger des osages (Maclura pomifera),
  • Séquoïa toujours vert (Sequoia sempervirens),
  • Noisetier de Byzance (Corylus colurna),
  • Micocoulier de Grèce (Celtis tournefortii),
  • Arbre à perruque (Cotinus coggygria ou Rhus cotinus),
  • Genévrier chinois (Juniperus chinensis),
  • Tilleul d’Amérique (Tilia americana).

Un inventaire des 200 arbres existants a été effectué et une liste des 120 espèces présentes est disponible.

(plan du sentier de découverte dans l'arboretum de Grignon)

plan du sentier de découverte dans l’arboretum de Grignon

Un sentier (plaquette en PDF) au sein de l’arboretum permet de découvrir une sélection d’arbres retenus pour leur singularité botanique :

L'arbre aux pagodes

L’arbre aux pagodes

  • Arbre de fer (Parrotia persica) [notice en PDF]
  • Févier à trois épines (Gleditsia triacanthos) [notice en PDF]
  • Ginkgo biloba [notice en PDF]
  • Orme de Sibérie (Zelkova carpinifolia ou Zelkova crenata) [notice en PDF]
  • Pin laricio, de Corse (Pinus nigra subsp. laricio) [notice en PDF]
  • L’arbre aux pagodes (Sophora japonica ‘pendula’) [notice en PDF]
  • Faux de Verzy, hêtre tortillard (Fagus sylvatica var. ‘Tortuosa’) [notice en PDF]
  • Cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica) [notice en PDF]
  • Caryer lacinié (Carya laciniosa)
  • Plaqueminier de Virginie (Diospyros virginiana)
Entretien de l'arboretum par le CFPPAH en 2005

Entretien de l’arboretum par le CFPPAH en 2005

L’arboretum n’est plus véritablement entretenu par l’école depuis le milieu des années 1980 quand le dernier jardinier affecté est parti à la retraite.

Les formations en élagage du CFPPAH de Saint Germain en Laye ont assuré un entretien minimal pendant leur présence sur le site jusque vers 2007.

L’association de l’Arbre de fer met progressivement en application depuis 2001 un projet de rénovation de cette partie historique de l’arboretum : nettoyages, inventaire, mise en valeur, etc.

Malgré la rareté d’espace libre disponible dûe à la trop grande proximité des arbres, quelques arbres ont néanmoins y pu être plantés :

  • 2003 : tilleul à grandes feuilles (Tilia platyphyllos), arbre de la promotion 2000 des étudiants.
  • 2013 : murier pleureur (Morus alba ‘pendula’), arbre planté par son fils en souvenir de Yves Tily, dernier jardinier de 1957 à 1985.

Autour de cette partie historique de l’arboretum, dans le triangle botanique, des plantations ont été effectuées dans le terrain de la pointe :

  • vers 2000 ? : orangers des Osages (Maclura pomifera), parroties de Perse (Parrotia persica), catalpas (Catalpa bignonioides), cormiers (Sorbus domestica), kakis ou plaqueminiers du Japon (Diospyros kaki), Guy Raynal professeur de pathologie végétale à l’Ina P-G
  • 2004 : noisetier de Byzance (Corylus avellana), promotion 2001 des étudiants
  • 2012 : poiriers (Pyrus communis) et pommier (Malus), étudiants de 1ère année – Bouleau verruqueux (Betula pendula), Association de l’Arbre de fer

et aussi dans les ex jardins botaniques et écologiques, par l’association de l’Arbre de fer:

  • 2010 : cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica)
  • 2012 : baguenaudier (Colutea arborescens) planté par René Chaussat ancien professeur de physiologie végétale à l’Ina P-G, amélanchiers à feuilles ovales (Amelanchier ovalis), alisiers (Sorbus torminalis), cormier (Sorbus domestica), cerisier de Sainte Lucie (Prunus malaheb), olivier d’automne ou chalef en ombelles (Elaeagnus umbellata)

Partie moderne de l’arboretum

Depuis 2005, les collections d’arbres sont principalement complétées et renouvelées dans le jardin anglais et à proximité sur les pelouses situés au nord-ouest du château. Cette partie moderne en cours d’aménagement comporte environ 120 espèces botaniques majoritairement complémentaires de celles présentes dans la partie historique.

Près de 75 arbres y ont ainsi été plantés par l’association de l’Arbre de fer, les promotions étudiantes d’AgroParisTech et les anciens de l’Ecole nationale supérieure agronomique de Grignon (devenue en 1971 l’Institut national agronomique Paris-Grignon, puis en 2007 AgroParisTech). Ces plantations s’effectuent grâce au soutien financier de nombreux-ses donateurs-rices, qui contribuent ainsi au renouvellement de ce patrimoine commun.

Bibliographie

  • MOUILLEFERT Pierre, Arboretum de l’école nationale de Grignon, catalogue des arbres qui y sont cultivés, Paris, 1889 [PDF]
  • Notice nécrologique de Pierre Mouillefert, Annales de Grignon, 3ème année , pp 5-11, 1903. [PDF]
  • POURTET Jean, Fiche d’inventaire de l’arboretum de Grignon, Paris, 1976 [PDF]
  • INA P-G, Jardin botanique et arboretum, liste alphabétique des arbres et arbustes, Grignon, 1979 [PDF]
  • SCALBERT Augustin, L’arboretum de Grignon, Grignon, 1991 [PDF]
  • BRINGER Laure, Les arboretums de la région Ile-de-France et de la région Centre, thèse de docteur en pharmacie, septembre 1998

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